LE MONASTERE

Il ne reste plus rien du premier monastère fondé par Saint-Benoit mais une recherche conduite par Madame Uhde Stahl de l'université de Tübingen, situe d'après un plan de 1656, l'emplacement de la première église au niveau de la Chapelle du Sacré Coeur de l'actuelle église Saint-Sauveur.

Lors du siège de 1562, le monastère fut ravagé et les locaux demeurèrent en partie inutilisables. Il fallut attendre l'initiative dynamique des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur à laquelle les moines d'Aniane s'agrégèrent en 1635 pour que les locaux monastiques ainsi que l'Eglise abbatiale fussent lentement reconstruits.

La congrégation de Saint-Maur dont l'esprit de réforme s'inscrit dans le renouveau religieux du XVIIème siècle, avait ses propres traceurs de plans et ses architectes dont le nom nous est rarement parvenu. Il faut retenir cependant celui des frères Plouvier qui ont dessiné l'un des trois projets de construction. Il semblerait que ce soit le plan de 1661 qui fut approuvé par Benoist Brachet, supérieur général de la congrégation, dont le chapitre se tenait à Saint-Germain-des-prés.

Dirigés du sommet, ces projets de travaux, répartis sur tout le royaume, obeissaient donc à des normes architecturales identiques et conforme au gout de l'époque qui correspond à l'âge classique. Aussi ne faut il pas s'étonner de rencontrer une similitude d'allure entre les monastères qui furent restaurés par les soins de la congrégation de Saint-Maur. Les mauristes avaient pour emblème la couronne d'épines entourant trois clous de la passion ainsi que la devise "Pax" surmonté de la fleur de lys pour bien souligner le caractère gallican des constructions de la congrégation. C'est à cet emblème qui figure sur la clé de voûte dominant le choeur de l'église Saint-Sauveur, que l'on peut reconnaître les monastères qui ont été réformés. Ailleurs, il est possible de le découvrir sur le fronton d'une façade, au sommet d'une porte ou, comme c'est le cas à Saint-Guilhem, sculpté sur la tourelle centrale du positif de l'orgue.

Il faut évoquer la famille de Bonzi, d'origine italienne, qui posseda le monastère en commande pendant près d'un siècle ; de 1615 à 1703. Se succédants d'oncle à neveu sur le même siège épiscopal, on compte trois abbés commendataires évêques de Béziers parmi lesquels le Cardinal Pierre de Bonzi qui inaugura l'église Saint-Sauveur en 1688 après avoir posé la première fondation en 1679.

L'ancien monastère comprend un quadrilatère qui entoure la cour du cloître et deux ailes de bâtiments orientées à l'est qui bordent de part et d'autre une belle façade du XVIIIème siècle donnant sur la cour d'honneur.

Les plans de 1661, conservés aux Archives de France, et la vue d'ensemble extraite du monasticon gallicanum établi par Dom Michel Germain en 1694, permettent de constater que le gros oeuvre des bâtiments du XVIIème siècle est intact dans sa sturcture générale.

Vendu comme bien national pendant la révolution, le monastère fut transformé en manufacture et ensuite en maison centrale de détention relevant du ministère de la justice.

Malgré de nombreuses transformations, on a préservé un bel escalier du XVIIème siècle bordé d'une rampe en fer forgé. Grâce à une restauration bien conçue qui mettrait en valeur la pierre apparente, cet ensemble architectural, pourrait retrouver son aspect d'autrefois.

Edmond Braujou
Hiver 1985

 

 

 

 

 









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