Aniane
Berceau de la Concordia regularum*
*concordance des règles monastiques


Les clochers des Pénitents et l'Abbatiale Saint-Sauveur vus du Pont Neuf



Aniane, village d’environ 2 700 habitants, existe depuis plus de mille ans et garde le souvenir d'avoir été un haut lieu de la culture chrétienne. C’est là, en effet, que Saint Benoît fonda au IX ème siècle une importante abbaye au sein de laquelle il élabora la fameuse réforme de la règle, la « Concordia regularvm », qui posa les bases de l’essor bénédictin.


Façade de l'abbatiale


II ne reste rien aujourd’hui des bâtiments primitifs qui furent détruits pendant les guerres de Religion. Reconstruite par les moines bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, l'abbaye fut vendue comme bien national après la Révolution française, transformée en manufacture, puis érigée tour à tour en maison centrale, en colonie pénitentiaire, en internat d’éducation surveillée et finalement en centre de rétention. Récemment abandonnés par le ministère de la justice, les locaux sont actuellement en vente.


Façade d'entrée de l'abbaye


Association Saint-Benoît d'Aniane
Depuis I99I, un groupe de passionnés s'est donné pour objectif de promouvoir la restauration du patrimoine local et de faire connaître l’œuvre historique de Saint Benoît d'Aniane.

C’est dans le cadre de cette association que, grâce à une remarquable mobilisation d'un grand nombre d'Anianais et d'amis venus d'ailleurs, des actions concrètes ont pu être réalisées :
- chaque année au mois de février, organisation de concerts,
- ouverture au grand public de l'Abbatiale Saint Sauveur, grâce à une équipe de bénévoles,
- restauration de la Croix de la Mission,
- en 1996, commémoration à l’occasion du mille deux centième anniversaire de la fondation de l'ordre des Bénédictins
- en 1997, conférence sur les Bénédictins la Vigne et le Vin
- en 1998 remplacement d’une Croix au carrefour d'Aniane/Saint-Guilhem Le Désert,
- création de différents dépliants publicitaires et d'information

Mesures et démarches à mettre en œuvre
Les membres de l’association Saint-Benoît d’Aniane estiment qu’au-delà des sollicitations déjà engagées auprès des autorités françaises – Etat, collectivités locales et territoriales…- une sensibilisation « tous azimuts »s’avère nécessaire.

St Benoît d'Aniane
Benoît soldat et moine


Saint Benoît d'Aniane présente sa réforme au Pape


Fils d'Aigulfe, comte de Maguelonne, Witiza, né en 750, est élevé à la cour de Pépin le Bref, où il rencontre Guillaume, cousin de Charlemagne, futur Saint Guilhem et fondateur de l’abbaye de Gellone, sous l’abbatiat de son ami Benoît.
Benoît, conseillera Louis le Pieux (778-840) mis très jeune par son père Charlemagne à la tête du Royaume d’Aquitaine, avec l’assistance de l’efficace Guillaume, duc d’Aquitaine. C’est à cette époque que Benoît prend une part active à la Renaissance carolingienne par la création des écoles cathédrales, monastiques et presbytérales, ainsi que dans la lutte contre l’hérésie adoptianniste, par des missions à Tolède, puis au concile de Francfort en 794.
Ses aimables qualités le firent bientôt remarquer du roi Pépin qui lui donne un commandement militaire. Mais il songe déjà à se donner à Dieu.

Vers 774, combattant en Lombardie avec Charlemagne, il manque périr en secourant son frère Amicus qui se noie et décide alors de devenir moine.
Son père s'y opposant, il s'enfuit pour rejoindre le monastère de Saint-Seine, près deDijon, où il y prend le nom de Benoît et s'adonne avec ardeur à l'ascèse très rigoureuse- héritée des Pères du désert et des moines irlandais- qui y est pratiquée.
Il est élu abbé. Mais, vers 780, avec quelques compagnons, il gagne Aniane, en Languedoc, sur un domaine familial donné par son père, pour y vivre dans la solitude et une très grande pauvreté.
Rejoint par de nombreux compagnons, Benoît bâtit à Aniane un monastère. Puis il rédige la Concordia regularvm, où il montre à la fois la concordance entre les diverses règles existantes et la supériorité que donne à la règle bénédictine sa sagesse et sa modération. Il choisit celle-ci pour son monastère, dont il organise minutieusement la vie.


Au début du IX ème siècle, par sa grande réforme ayant conduit la plupart des monastères de l'empire carolingien à adopter la règle que Benoît a posée, jetant les bases de l'essor bénédictin qui, avec Cluny et Cîteaux, va façonner la civilisation occidentale. Bientôt la réforme se propage, d'autres monastères l'adoptent.

En 814, Louis le Pieux, devenu empe,reur l'appelle près de lui à Aix-la-Cha¬pelle. II l'installe au monastère d'Inda qu'il a fait construire à son intention et le charge d'instaurer sa réforme et la règle dite de Saint Benoît dans tous les monastères de l'em¬pire.
En 817, Benoît préside à Aix-la¬-Chapelle une assemblée générale des grands abbés de l'époque.


En 793 une terrible famine survient, de mauvaises récoltes dans le midi, la lutte contre les maures qui infestent le pays et viennent le razzier. Une foule d'affamés assaillit les portes du monastère. Les moines distribuent des vivres, lait, pain, viandes. Les pauvres gens ainsi secourus, se construisirent des huttes dans le voisinage de l'abbaye. Ainsi se forma peu à peu autour du monastère un premier groupe d'habitations qui fut le noyau de la cité d'Aniane.


Vestiges de la première abbaye rue Porte Montpellier

Benoît meurt en 821, après s'être donné, jusqu'à la fin - malgré les difficultés et les résistances - à la réforme qu’il avait entreprise.

Il est enterré en Allemagne à Cornelimunster près d’Aix la Chapelle.

Le Monastère et son Abbatiale
En 782, à l'aide des nombreuses libéralités de Charlemagne et de puissants seigneurs, Benoît fit construire une nouvelle église abbatiale, inspirée du style Byzantin, que l'empereur dota d'insignes reliques: une épine de la couronne du Christ et deux parcelles de la vraie croix enchâssées d'or, don de l'empereur de Constantinople.
Dédiée à Saint-Sauveur, cette église abbatiale fût consacrée par le Cardinal Pierre de Bonzi, abbé commendataire, en 1683.

Pendant les guerres de religion, lors du siège d’Aniane de 1562, le monastère fût ravagé et les locaux demeurèrent en partie inutilisables. Il fallut attendre l'initiative dynamique des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur à laquelle les moines d'Aniane s'associèrent en 1635, pour que les locaux monastiques ainsi que l'église abbatiale fussent lentement reconstruits.

Vendu comme bien national pendant la Révolution française, le monastère connut bien des avatars. Il fut tour à tour transformé en manufacture, en maison centrale, en colonie pénitentiaire puis en internat d’éducation surveillée et y renferma finalement un centre de rétention aujourd’hui supprimé.



Les plans de 1661, conservés aux Archives de France, et la vue d'ensemble extraite du monasticon gallicanum établi par Dom Michel Germain en 1694, permettent de constater que, malgré de trop nombreuses transformations qui ont littéralement défiguré l’intérieur du monastère, le gros oeuvre des bâtiments du XVIIème siècle est intact dans sa structure générale.




Etat du patrimoine culturel et historique d’Aniane
Cependant, si les modifications mises en œuvre par l’Etat pour transformer le monastère en institution carcérale, puis éducative, ont lourdement mutilé le cloître ainsi que plusieurs bâtiments, elles ont eu le mérite d’entretenir les murs et les toitures qui sont restés hors d’eau jusqu’à aujourd’hui. C’est ainsi que le ministère de la justice a peu ou prou préservé un bel escalier du XVIIème siècle bordé d'une rampe en fer forgé. Bien que mal entretenu, cet ensemble architectural, dit « Escalier Saint-Benoît », pourrait retrouver son aspect d'autrefois grâce à une restauration bien conçue pour laquelle les fonds nécessaires sont en vain sollicités auprès des bailleurs de fonds institutionnels.

Quant à l’abbatiale Saint Sauveur, totalement ignorée par les autorités pendant de nombreuses décennies•, fortement abîmée par d’importants dégâts des eaux, son état actuel nécessite une solide restauration. Sur ce point il convient de noter que les pouvoirs publics et la ville d’Aniane viennent d’accorder une subvention qui permettra de restaurer l’orgue ainsi que les deux chapelles qui l’encadrent. Si des mesures d’envergure - dont aujourd’hui personne ne conteste la nécessité - ne semblent pas encore inscrites à l’ordre du jour, l’attribution des subventions précitées est porteuse d’espoir.

S’agissant en revanche des bâtiments conventuels, si des mesures n’étaient pas prises au plus tôt, il serait à craindre que l’aliénation des bâtiments à la promotion immobilière voulue par l’Etat puisse conduire au démembrement de cet ensemble conservé par une grande chance dans sa totalité depuis sa vente comme bien national, contrairement à nombre d’abbayes - St Guilhem, St Thibéry - et à la privatisation d’un patrimoine exceptionnel à l’origine de la commune.

 



Voûtes du marché aux moines

Ce temple dédié par St Benoit d'Aniane au Christ Jésus sauveur du monde, les moines de la congrégation de St Maur l'on fait reconstruire en 1714

Coupole de la croisée du transept

Au premier abord, le plan de cet édifice peut surprendre, mais il faut se rappeler qu'il a été construit pour une communauté monastique et non pour une communauté paroissiale ; c'est pourquoi l'emplacement réservé aux moines, le choeur, occupe une place prépondérante. Abbé G. Alzieu, archiviste diocésain.

Transept de l'abbatiale

Angelots sculptés sur la corniche

Vestiges de l'orangeraie

Grandes Orgues